Guide · Recrutement et conformité
Le recrutement fait partie des thèmes de contrôle prioritaires de la CNIL en 2026. Ce guide rassemble ce qui s'applique à un outil de tri de candidatures : la fiche 13 du guide recrutement, l'article 22 du RGPD, les durées de conservation publiées en avril 2026, le Code du travail et l'IA Act, avec un processus conforme étape par étape.
Le principe
Un outil peut classer des candidatures. La décision de rejet doit rester celle d'un recruteur qui a regardé les dossiers.
En bref
L'usage progresse vite. Selon l'APEC (mai 2026), 13 % des entreprises de taille moyenne et grande ont utilisé l'IA pour recruter des cadres en 2025, contre 6 % en 2024, surtout pour rédiger les offres. Côté candidats, 31 % des cadres ayant récemment cherché un emploi se sont servis de l'IA, contre 15 % fin 2024, et 2 entreprises sur 10 valorisent déjà les compétences en IA dans leur sélection. Pour le contexte RH plus large, voir notre guide IA et ressources humaines.
CNIL
Chaque année, la CNIL choisit quelques thèmes de contrôle prioritaires. Ceux de 2026, publiés le 3 avril, sont le recrutement, le répertoire électoral unique et les fédérations sportives. Selon la CNIL, environ 20 % de ses contrôles annuels relèvent de ces thèmes.

Pour le recrutement, la page annonce trois points de vérification :
Les contrôles visent prioritairement les grandes entreprises et les cabinets de recrutement, parce qu'ils reçoivent et trient le plus de candidatures. La CNIL précise que ce thème préfigure son futur rôle d'autorité de surveillance du marché pour l'IA dans le domaine du travail. Une PME n'est pas exemptée pour autant : la CNIL peut contrôler tout organisme, et elle agit aussi sur plainte.
Guide recrutement
Le guide du recrutement de la CNIL, publié le 30 janvier 2023, compte 19 fiches. La fiche 13 porte sur les logiciels de tri, de classement et d'évaluation des candidatures (pages 69 à 74 du PDF). C'est le texte que les contrôleurs ont en main en 2026, et les articles d'actualité le citent sans le détailler.
Une décision fondée uniquement sur un traitement automatisé est en principe interdite par le RGPD. La CNIL précise qu'un outil de classement entre dans ce cas lorsque le recruteur ne consulte que les profils placés en tête. L'outil ne rejette personne formellement, mais les candidats du bas de liste ne sont jamais lus : la décision est prise par l'algorithme.
| Situation décrite par la CNIL | Ce qui se passe | Verdict |
|---|---|---|
| Petite entreprise, 10 candidatures | Elle achète un logiciel du marché qui classe les CV et embauche le candidat classé premier. | Mauvaise pratique : le volume ne justifie pas une décision automatisée. |
| Poste avec plusieurs centaines de candidatures | Formulaire structuré, candidats informés à l'avance du traitement, délai défini pendant lequel ils peuvent demander un réexamen par un humain. | Bonne pratique citée par la CNIL. |
Pour un algorithme qui apprend en continu, le recruteur doit vérifier qu'il reste pertinent, y compris la façon dont il a été entraîné. Un éditeur qui refuse d'expliquer ses données d'entraînement vous met en difficulté sur ce point.
RGPD
L'article 22 du RGPD pose le principe : une personne a le droit de ne pas faire l'objet d'une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé qui produit des effets juridiques ou l'affecte de manière significative. Écarter une candidature en fait partie. Les trois exceptions (consentement explicite, contrat, loi) s'accompagnent de garanties : intervention humaine, droit d'exprimer son point de vue et de contester la décision.
L'AIPD est quasi systématique. La liste des traitements pour lesquels la CNIL exige une analyse d'impact (délibération n° 2018-327 du 11 octobre 2018) vise les traitements qui établissent des profils de personnes à des fins de gestion des ressources humaines. L'exemple donné est un traitement qui facilite le recrutement grâce à un algorithme de sélection. Un outil de scoring ou de matching de CV entre dans cette description.
L'AIPD doit être faite avant la mise en service. Elle décrit les données traitées, la logique de l'outil, les risques (discrimination, erreur, fuite) et les mesures prises. Les garde-fous techniques côté agent IA (accès, journaux, cloisonnement des données) sont détaillés dans notre guide sécurité des agents IA.
Conservation
La CNIL a publié le 2 avril 2026, puis mis à jour le 20 mai 2026, un référentiel des durées de conservation en gestion des ressources humaines. Sa partie recrutement donne des durées précises, qui sont celles que les contrôles de 2026 vont comparer à vos bases.
| Données | Base active | Archivage intermédiaire | Pourquoi |
|---|---|---|---|
| Candidature en cours | Durée du processus, jusqu'à la réponse au candidat | Selon l’issue (lignes suivantes) | Nécessaire au recrutement |
| Candidat non retenu | Fin du processus | 5 ans à compter de la date où le poste a été pourvu | Preuve en cas de litige pour discrimination (Code du travail, L1134-5) |
| Vivier de candidats (CVthèque) | Jusqu'à 2 ans après le dernier contact (recommandation CNIL) | Puis 5 ans | Seulement pour les candidats qui ne s'y sont pas opposés ou qui ont donné leur accord |
Deux conséquences pratiques. D'abord, l'archive de 5 ans sert de preuve : elle se range à part de la base active, et les candidats non retenus n'ont pas à réapparaître dans les recherches des recruteurs. Ensuite, un outil d'IA qui garde les CV pour « améliorer le matching » doit respecter les mêmes échéances : vérifiez dans le contrat ce que l'éditeur conserve et pendant combien de temps.
Sanctions

EXTIA, 300 000 €. Par une décision du 21 juillet 2026, publiée le 9 septembre 2026, la CNIL a sanctionné cette société de conseil en ingénierie et informatique. En 2024, elle avait reçu 265 demandes d'effacement, surtout de candidats. Plus des trois quarts n'ont pas été traitées ou l'ont été mal : 12 jamais traitées, 166 personnes jamais informées de la suite donnée, 27 informées en retard. Les manquements retenus portent sur les articles 12 et 17 du RGPD, et l'entreprise avait déjà reçu deux rappels à ses obligations. Au 15 septembre 2026, c'est la sanction la plus récente de la CNIL qui concerne des candidats.
Mise en demeure du 25 avril 2024. La CNIL a mis en demeure une entreprise qui demandait aux candidats leur lieu de naissance, leur nationalité, leur situation familiale et leur salaire précédent. La procédure a été close après mise en conformité.
Pour situer l'échelle : en 2025, la CNIL a pris 259 décisions, dont 83 sanctions, pour un total de 486 839 500 € d'amendes (bilan publié le 9 février 2026). Aucune de ces sanctions ne visait spécifiquement le recrutement. Un outil de tri qui stocke des milliers de CV doit donc aussi savoir les effacer sur demande, dans le délai d'un mois prévu par le RGPD.
Code du travail
| Article | Ce qu’il impose | Conséquence pour un outil de tri |
|---|---|---|
| L1221-6 | Les informations demandées ne servent qu'à apprécier la capacité à occuper le poste ou les aptitudes professionnelles, avec un lien direct et nécessaire avec l'emploi. | Le formulaire et les critères de scoring ne contiennent que des éléments liés au poste. |
| L1221-8 | Le candidat est expressément informé, avant leur mise en œuvre, des méthodes et techniques d'aide au recrutement utilisées. Les résultats sont confidentiels. Les méthodes doivent être pertinentes. | La mention de l'outil d'IA figure sur l'offre ou le formulaire, avant le dépôt du CV. |
| L1221-9 | Aucune information personnelle ne peut être collectée par un dispositif qui n'a pas été porté à la connaissance du candidat. | Pas d’enrichissement caché du profil (réseaux sociaux, bases tierces) par l’outil. |
| L1132-1 | Interdit d'écarter une personne d'une procédure de recrutement pour un motif discriminatoire : origine, sexe, âge, situation de famille, santé, handicap, lieu de résidence, apparence physique, entre autres. | Un biais de l'algorithme engage l'employeur, même si l'outil vient d'un éditeur. |
| L2312-38 | Le CSE est informé, préalablement à leur utilisation, des méthodes ou techniques d'aide au recrutement et de leurs modifications, ainsi que des traitements automatisés de gestion du personnel. | Information du CSE avant le déploiement. La consultation s'ajoute seulement si l'outil sert aussi à contrôler l'activité des salariés. |
Le cas du CSE est souvent mal présenté : pour les méthodes de recrutement, le texte parle d'information préalable. La double obligation « informé et consulté » vise les moyens de contrôle de l'activité des salariés. Un outil qui trie les candidatures externes et note aussi les performances internes relève des deux.
IA Act

L'annexe III, point 4(a), du règlement (UE) 2024/1689 classe à haut risque les systèmes d'IA destinés au recrutement ou à la sélection de personnes, notamment pour publier des offres ciblées, analyser et filtrer les candidatures et évaluer les candidats. Un ATS qui score ou classe les CV est directement concerné.
La date a changé. Le Digital Omnibus sur l'IA, règlement (UE) 2026/1744, est entré en vigueur le 27 juillet 2026. Il reporte les obligations du haut risque de l'annexe III au 2 décembre 2027. Des contenus publiés depuis, dont un blog d'ATS français daté du 30 juillet 2026, présentent encore ces règles comme applicables depuis août 2026. Le calendrier complet est dans notre guide de l'IA Act pour les entreprises.
L'entreprise qui utilise l'outil est un « déployeur ». L'article 26, dans sa version de 2024 affichée par le Service Desk de la Commission, lui impose de :
Vérifiez la version consolidée après l'Omnibus avant de figer vos procédures : la page du Service Desk n'avait pas été mise à jour au 15 septembre 2026.
L'Omnibus autorise aussi le traitement de données sensibles pour détecter et corriger des biais, dans des conditions encadrées. Cela intéresse directement les tests de biais décrits plus bas.
Discrimination
Le risque décrit par la CNIL et le Défenseur des droits a été mesuré. Deux cas servent de référence.
| Étude ou cas | Protocole | Résultat |
|---|---|---|
| University of Washington (Wilson et Caliskan, AIES, octobre 2024) | Plus de 550 CV réels, plus de 500 offres, plus de 3 millions de comparaisons, trois modèles (Mistral AI, Salesforce, Contextual AI), noms modifiés | Noms associés à des personnes blanches préférés dans 85 % des cas, contre 9 % pour les noms associés à des personnes noires. Noms masculins préférés dans 52 % des cas, contre 11 % pour les noms féminins. Les noms d'hommes noirs n'ont jamais été préférés à ceux d'hommes blancs. |
| Amazon (révélé en octobre 2018) | Outil interne notant les candidats de 1 à 5 étoiles, entraîné sur les CV reçus les années précédentes | L'outil pénalisait le mot « women's » et déclassait les diplômées de deux universités féminines. Amazon a abandonné le projet. |
Ces résultats portent sur des modèles et des marchés précis ; ils ne prouvent pas qu'un outil donné est biaisé. Ils montrent qu'un modèle de langage appliqué à des CV reproduit des écarts sans qu'on le lui demande, et qu'un test avant mise en service est la seule façon de le savoir. Le Défenseur des droits a publié avec la CNIL un rapport sur l'automatisation des discriminations (31 mai 2020) et une fiche « Lutter contre les discriminations produites par les algorithmes et l'IA », mise à jour le 1er février 2024. Sa décision n° 2025-182 du 10 octobre 2025 porte sur le ciblage des offres d'emploi sur Facebook, un usage que vise aussi l'annexe III.
Éditeurs
Les éditeurs d'ATS présents en France publient des informations très inégales sur la conformité. Le tableau reprend leurs propres déclarations, sans jugement sur les produits.
| Éditeur | Ce que fait l'IA (selon l'éditeur) | Ce qui est publié sur la conformité |
|---|---|---|
| Teamtailor | Co-pilot basé sur des modèles GPT d’OpenAI, suggestion de candidats déjà en base | Indique que certaines de ses fonctions IA relèveront du haut risque au sens de l'IA Act et qu'il remplira les obligations de fournisseur. |
| SmartRecruiters (groupe SAP) | Winston Chat, Match, Screen et Companion | Avenant IA du 18 juin 2025 : les outils n'évaluent, ne notent ni ne classent les candidats de façon indépendante, et le client doit assurer le contrôle humain. |
| Workday HiredScore | Spotlight attribue des notes de correspondance A, B, C ou D | Audit indépendant de Secretariat (mars 2026) sans preuve d'impact discriminatoire, limité à des postes à New York. |
| Taleez | Matching classé par pertinence, rédaction d'offres, résumés d'entretiens | Affirme que l'IA ne décide jamais à la place du recruteur. Hébergement en France. Rien sur l'IA Act. |
| Beetween | Analyse des CV, scoring, « Préqualification AI » | Présente l'IA comme un éclairage de la décision. Mentionne RGPD, traçabilité et supervision humaine. Rien sur l'IA Act. |
| Flatchr | Matching qui fait remonter les profils les plus pertinents | Affirme qu'aucun profil n'est exclu. Liens RGPD et DPA. Rien sur l'IA Act. |
Retenez la position de SmartRecruiters : l'éditeur écrit noir sur blanc que le contrôle humain est à la charge du client. Côté RGPD comme côté IA Act, c'est l'employeur qui répond de la décision. Et un classement sans exclusion formelle peut quand même devenir une décision automatisée si personne ne lit le bas de la liste. Pour comparer les prestataires qui intègrent ces outils, voir notre comparatif des agences IA pour le recrutement et les RH.
Méthode

Ce processus peut être construit dans un ATS existant ou sous forme d'un agent IA sur mesure branché sur vos outils. La même logique de traçabilité s'applique ensuite à l'arrivée du candidat retenu, décrite dans notre page sur l'agent d'onboarding.
Décision
| Votre situation | Évaluation | Ce qu’il faut faire |
|---|---|---|
| Quelques dizaines de candidatures par poste, classement automatique | À éviter. Le cas des 10 candidatures est la mauvaise pratique citée par la CNIL. | Lecture humaine de tous les dossiers ; l’IA peut résumer ou extraire les informations. |
| Plusieurs centaines de candidatures, pré-tri par IA | Possible avec garanties. | Formulaire structuré, information préalable, décision humaine, fenêtre de réexamen, AIPD. |
| Rejet automatique sous un score | Décision entièrement automatisée (article 22). | Supprimer le rejet automatique ou démontrer une exception et mettre en place toutes les garanties. |
| Le recruteur ne lit que le haut du classement | Peut être une décision automatisée selon la fiche 13. | Faire valider chaque refus par une personne qui a vu le dossier, et le journaliser. |
| Extraction des CV (parsing) sans score | Risque plus faible. | Information des candidats, durées de conservation, registre. |
| Analyse d'entretien vidéo qui déduit les émotions | Interdit depuis le 2 février 2025 (IA Act, article 5(1)(f)). | Désactiver la fonction ou changer d’outil. |
| Chatbot qui préqualifie les candidats | Transparence obligatoire depuis le 2 août 2026 (article 50). | Annoncer l’IA dès le premier message et ne pas le laisser clore une candidature. |
| Vivier de CV sans date de dernier contact | Non conforme au référentiel RH de 2026. | Dater les contacts, purger au-delà de 2 ans, archiver séparément. |
Si vous hésitez entre plusieurs configurations d'outil, un accompagnement conseil en IA permet de cartographier les traitements avant d'acheter ou de développer.
À propos
Lumyniq est une agence d'automatisation IA basée à Paris. Elle conçoit des agents IA, des intégrations Claude, des workflows n8n et des CRM Twenty pour les PME, notamment dans l'immobilier, le juridique, la santé et les ressources humaines. Chaque projet commence par un audit du processus existant, avant tout devis.
FAQ
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