Guide · Juridique
Les textes du CNB, du barreau de Paris et du Collège de déontologie des avocats aux Conseils lus un par un, les décisions françaises sur les jurisprudences inventées, et une grille pour décider quelles données peuvent aller vers quel outil.
La règle pratique
Questions abstraites partout, données identifiantes seulement dans un système fermé, vérification toujours.
En bref
Ce guide porte sur les règles et sur le circuit des données. Le comparatif des logiciels est dans les meilleurs outils d'IA juridique, et les usages par type de cabinet dans notre guide IA et secteur juridique.
Chronologie
Entre septembre 2024 et juillet 2026, les instances de la profession ont publié six documents sur l'IA, et le règlement européen ajoute ses propres échéances. Aucun de ces textes professionnels ne crée une obligation nouvelle : ils appliquent à l'IA les règles existantes du secret, de la compétence et de la prudence.
| Date | Texte | Auteur | Portée |
|---|---|---|---|
| Septembre 2024 | Guide « Utilisation des systèmes d'intelligence artificielle générative », 1re édition | CNB | Guide pratique |
| 2 juin 2025 | Grille de lecture des outils d'IA : souveraineté et sécurité des données, fonctionnalités, déontologie, coût | CNB | Outil d'évaluation des éditeurs |
| 2 octobre 2025 | Guide sur l'utilisation de l'IA générative par les avocats (secret, compétence, indépendance, information du client, conflits d'intérêts) | CCBE | Recommandations européennes |
| 24 octobre 2025 | Guide sur l'IA générative et la vigilance déontologique des magistrats et des avocats | Conseil consultatif conjoint de déontologie, diffusé par la Cour de cassation | Date relevée sur la base Jus Mundi ; page officielle non consultée |
| 12 et 13 mars 2026 | Guide « La déontologie et l'intelligence artificielle », adopté lors de l'AG | CNB, commission des règles et usages | Guide opérationnel |
| 2 avril 2026 | Recommandation n° 2026-01 relative à l’intelligence artificielle | Collège de déontologie des avocats au Conseil d’État et à la Cour de cassation | Recommandation déontologique |
| 13 avril 2026 (page CNB) | Clause IA facultative dans les modèles de conventions d'honoraires, votée à l'AG de mars | CNB | Modèle contractuel |
| 21 juillet 2026 | Modèle de charte d'usage de l'IA pour les cabinets, publié le 23 juillet | Conseil de l'Ordre, barreau de Paris | Non contraignant, adoption libre |
| 27 juillet 2026 | Entrée en vigueur du règlement (UE) 2026/1744 (Digital Omnibus) qui modifie l’IA Act | Union européenne | Modifie notamment l’article 4 |
| 2 août 2026 | Article 50 de l'IA Act : transparence des systèmes qui dialoguent avec des personnes | Union européenne | Obligation légale |
| 2 décembre 2027 | Application des règles haut risque de l'annexe III | Union européenne | Obligation légale |

La version publique du guide de 2026 figure dans la rubrique des guides pratiques du CNB. En parallèle, le CNB et Lefebvre Dalloz proposent une formation en ligne gratuite sur la plateforme Skilia, prévue jusqu'en 2027, qui comptait 10 000 inscrits après ses deux premiers mois selon le CNB (juin 2025).
Base légale
Trois textes s'appliquent à tout usage de l'IA qui touche un dossier.
L'article 2.3 du RIN est le point d'accroche pour les éditeurs d'IA. Un fournisseur qui reçoit le contenu d'un dossier coopère de fait avec l'avocat, qui répond de ce que ce fournisseur fait des données. D'où l'importance du contrat, de la durée de conservation et de l'absence d'entraînement sur les données, traités plus bas.
En pratique
Le texte intégral est volumineux et sa première version était réservée aux avocats. D'après la présentation du CNB, il couvre quatre blocs : secret professionnel et RGPD ; compétence, prudence et indépendance ; information du client ; fixation équilibrée des honoraires. Le CNB le décrit comme un guide opérationnel, avec risques, bonnes pratiques, recommandations et jurisprudence récente. Sa grille de lecture de juin 2025 reste l'outil le plus pratique pour comparer des éditeurs.
C'est le texte le plus net sur les données. Il s'adresse aux avocats au Conseil d'État et à la Cour de cassation, mais il raisonne à partir du secret professionnel, et sa grille se transpose facilement à un cabinet d'avocats à la Cour. Ses points principaux :

Adopté par le Conseil de l'Ordre dans le cadre de la stratégie « Vers un barreau souverain », le modèle est téléchargeable au format Word et chaque cabinet décide de l'adopter. Il retient cinq principes : le secret professionnel est « une limite absolue » ; aucune donnée confidentielle n'est transmise sans garanties suffisantes ; un contrôle humain intervient à chaque étape ; l'avocat reste responsable ; le choix de l'outil et de son hébergement demande une attention particulière.

La même AG du CNB de mars 2026 a ajouté une clause facultative aux modèles de conventions d'honoraires. Elle présente l'IA comme une assistance technique, précise que l'analyse et la responsabilité restent humaines, traite de la confidentialité et met en garde le client contre la copie du travail de l'avocat dans des outils d'IA non sécurisés. C'est le support le plus simple pour informer le client.
Jurisprudence
Depuis décembre 2025, plusieurs juridictions françaises ont relevé des références produites par une IA qui n'existent pas. Les premières visaient des parties sans avocat ; les suivantes s'adressent directement aux avocats.
| Juridiction et date | Ce qui a été relevé | À qui |
|---|---|---|
| TA Grenoble, 3 et 9 décembre 2025 (n° 2509827 et 2512468) | Références fantaisistes dans des écritures rédigées avec une IA générative, dont une contenait encore la conversation | Parties sans avocat |
| TJ Périgueux, 18 décembre 2025 (RG 23/00452, pôle social) | Première juridiction judiciaire à nommer les « hallucinations » de l’IA | Au demandeur et à son avocat, invités à vérifier leurs références |
| TA Orléans, 29 décembre 2025 (n° 2506461) | Environ 15 citations sur 17 inexistantes ou sans rapport (Conseil d’État, CNDA, CAA) | À l'avocat, invité à vérifier que ses références ne sont pas des hallucinations |
| TA Rennes, 28 janvier 2026 (n° 2506364) | Requête manifestement rédigée avec une IA, rejetée | Requérant |
| CAA Bordeaux, 26 février 2026 (n° 25BX02906) | Mise en garde sur les hallucinations reprise | Non précisé dans les sources consultées |
Sanctions. À notre connaissance, aucune sanction disciplinaire publiée ne vise un avocat au 13 septembre 2026, selon une revue de 159 décisions (Judilibre et Légifrance) publiée par le cabinet Kohen Avocats. La même revue signale une amende de 200 € prononcée par le TA Grenoble le 4 juin 2026 (n° 2410230) contre une partie sans avocat, où les références inventées étaient un facteur parmi d'autres. Cette revue est une source unique.
La conséquence pratique est la même dans tous les textes : toute référence produite par une IA se vérifie dans une base officielle avant d'entrer dans des écritures.
Observatoire du CNB
Les cahiers de l'Observatoire du CNB consacrés à l'IA (2025, réalisés avec Viavoice et Les Temps Nouveaux) reposent sur 4 457 avocats interrogés en ligne, plus des échantillons de Français, de clients particuliers, d'entreprises et du secteur public.

| Indicateur | Valeur | Page |
|---|---|---|
| Avocats ayant déjà utilisé l’IA générative au travail | 62 % (28 % envisagent de le faire) | p. 7 |
| Avocats qui font confiance à l’IA générative pour protéger les données | 1 sur 10 | p. 15 |
| Utilisateurs qui disent vérifier les réponses | 9 sur 10 | p. 16 |
| Non-utilisateurs qui citent la confidentialité | 44 % (70 % citent le manque de confiance dans les résultats) | p. 18 |
| Cabinets utilisateurs : outils généralistes et juridiques | 53 % les deux, 23 % généralistes seuls, 21 % juridiques seuls | p. 11 |
| Confiance des utilisateurs | 34 % dans les outils généralistes, 54 % dans les outils juridiques | p. 11 |
L'écart entre 62 % d'usage et 1 avocat sur 10 confiant dans la protection des données résume le problème : la profession utilise ces outils sans avoir tranché où vont les dossiers. La section architecture ci-dessous répond à cette question.
RGPD
Le guide du CNB de 2024 recommandait, selon des sources secondaires, de pseudonymiser les données (noms, adresses) avant de les soumettre à une IA. C'est une bonne pratique pour le secret, mais la CNIL rappelle que les données pseudonymisées restent des données personnelles : la pseudonymisation est réversible. Seule l'anonymisation fait sortir les données du RGPD, et la CNIL la juge sur trois critères : individualisation, corrélation, inférence. Un dossier contentieux décrit en détail passe rarement ces trois tests.
Le cas des décisions de justice publiées est différent : le décret n° 2020-797 du 29 juin 2020 impose d'occulter le nom des personnes physiques dans l'open data. Travailler sur ces décisions relève donc du premier niveau de l'architecture ci-dessous.
IA Act
Le calendrier complet est dans notre guide de l'IA Act pour les entreprises.
Architecture
La recommandation n° 2026-01 fournit le critère de tri : le contenu de la requête. Nous en tirons trois niveaux, chacun avec un circuit technique différent.

Question juridique générale, recherche sur des textes publiés, analyse de décisions déjà occultées : aucun fait du dossier. Tout outil sérieux convient, y compris un assistant généraliste. La contrainte est la vérification des sources citées, au vu des décisions ci-dessus.
Un résumé des faits sans nom ni détail identifiant reste une donnée personnelle. Il passe par une offre entreprise ou une API sous contrat, sans entraînement sur les données, avec une conservation nulle (ZDR) quand elle existe et un traitement dans l'UE.
Noms, pièces, conclusions, éléments de procédure : uniquement dans un système fermé au sens de la recommandation. En pratique, un éditeur juridique qui héberge dans l'UE sous contrat, ou un modèle auto-hébergé ou déployé dans une région européenne d'un cloud, avec un espace réservé au cabinet. Pour interroger les pièces d'un cabinet sans les exposer, voir le RAG en entreprise.
| Fournisseur de modèles | Traitement dans l’UE | Conservation nulle (ZDR) | Entraînement |
|---|---|---|---|
| Anthropic (API Claude en direct) | Non : inférence us ou global, données stockées aux États-Unis. Région UE via Amazon Bedrock ou Google Cloud | Sur demande, par organisation. Claude Team et Enterprise non éligibles | Pas sans autorisation |
| OpenAI (API) | Résidence Europe (EEE et Suisse) sur validation et avenant au contrat | Possible sur chat/completions, responses, embeddings ; exclue pour assistants, threads et conversations. Journaux anti-abus jusqu’à 30 jours sinon | Pas sur les données API depuis le 1er mars 2023 |
| Mistral | Hébergement UE par défaut ; certaines fonctions peuvent transférer hors UE sous clauses types, désactivables en Enterprise | Sur demande, API stateless à l’usage uniquement ; pas pour Chat, agents ni batch | Enterprise exclu par défaut |
Pour un circuit européen sur Claude, il faut donc passer par Bedrock ou Google Cloud en région UE, ou choisir Mistral. Le détail des différences entre assistants est dans Claude ou ChatGPT en entreprise, et la mise en place technique dans notre page intégration Claude.
Éditeurs
Ce tableau se limite aux informations d'hébergement et de traitement des données vérifiées sur les pages des éditeurs. Fonctions et prix sont comparés dans notre comparatif des outils d'IA juridique.
| Outil | Hébergement et données | Autres faits vérifiés |
|---|---|---|
| Doctrine | Serveurs à Francfort (UE), pas de transfert hors UE, ISO 27001 depuis 2025, pas d’entraînement sur les données clients, chiffrement AES-256 | Rachat de Predictice annoncé le 17 septembre 2025, en cours de fusion dans Doctrine |
| GenIA-L (Lefebvre Dalloz) | Hébergement en Europe uniquement (infrastructure, application, modèle), sur AWS EMEA SARL ; requêtes et réponses ni conservées ni utilisées pour l’entraînement | Conformité RGPD et IA Act revendiquée par l’éditeur (page non datée) |
| Harvey | Pas d’entraînement sur les données clients ; conservation nulle exigée de tous ses fournisseurs de modèles. Lieu d’hébergement non précisé dans les pages lues | Bureau de Paris ouvert le 11 mai 2026. Clients cités : Bredin Prat, CMS Francis Lefebvre, August Debouzy, Berenice Avocats, Chassany Watrelot & Associés |
| Ordalie | Application et modèles hébergés en France selon l’éditeur ; SOC 2 et ISO 27001 ; pas de conservation chez les fournisseurs de modèles | Clients cités : Carlini Avocats, Gouache Avocats |
| Legora | Pas d’entraînement sur les données clients ; SOC 2 Type II, ISO 27001, ISO 42001 | Équipe technique en Suède ; ni client français ni bureau parisien sur la page d’accueil |
| Jimini | Lieu d’hébergement non indiqué sur le site | Revendique plus de 10 000 utilisateurs, dont Gide, FTPA et Hoche Avocats ; essai de 2 semaines |
Une certification ou un hébergement en France ne remplace pas le contrat : demandez le DPA, la liste des sous-traitants et la durée de conservation, puis comparez avec la grille de lecture du CNB.
Avant de signer
Les garde-fous techniques (cloisonnement, injection de prompt, journalisation) sont détaillés dans notre guide sur la sécurité des agents IA.
Décision
| Besoin | Option la plus adaptée | Pourquoi |
|---|---|---|
| Recherche juridique et jurisprudence | Acheter : Doctrine, GenIA-L ou équivalent | Base documentaire et sources citées déjà maintenues par l’éditeur, hébergement UE documenté |
| Analyse et rédaction à partir des pièces | Acheter un outil juridique, ou un espace fermé sur mesure | Dépend du volume et de l’exigence d’hébergement ; vérifier le niveau 3 |
| Pré-qualification des demandes entrantes | Sur mesure | Questions propres aux domaines du cabinet, transparence de l’article 50, envoi vers l’agenda et le logiciel du cabinet |
| Workflows documentaires reliés au logiciel de gestion du cabinet | Sur mesure | Ouverture de dossier, relances, classement des pièces : dépendent des outils déjà en place |
| Questions abstraites ponctuelles | Assistant généraliste en offre entreprise | Niveau 1, aucun fait du dossier |
Un exemple de parcours sur mesure est décrit dans notre page assistant de pré-qualification juridique, et la démarche générale dans agent IA sur mesure.
Lumyniq est une agence d'automatisation IA basée à Paris. Elle conçoit des agents IA sur mesure, des intégrations Claude et des workflows n8n, notamment pour des cabinets d'avocats : pré-qualification des demandes, traitement documentaire relié au logiciel du cabinet. Chaque projet commence par un audit du processus et du circuit des données, avant tout devis.
FAQ
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