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IA souveraine pour une PME : ce que ça veut dire vraiment, et comment choisir

« Souveraine » recouvre quatre questions que les offres mélangent : où dorment les données, quel droit s’applique, qui contrôle le modèle, qui l’exploite. Nous avons lu les pages officielles de neuf offres et la liste SecNumCloud de l’ANSSI le 29 octobre 2026, relu Mistral le 1er novembre, puis classé les niveaux dont une PME a besoin selon ses données.

Zakaria El Asri17 min

Le fait qui dérange

Au 27 octobre 2026, la liste SecNumCloud de l’ANSSI compte 30 services qualifiés. Aucun n’est une API de modèle d’IA.

En bref

La réponse courte

Une IA souveraine est une IA dont vous maîtrisez quatre choses : le lieu de stockage des données, le droit qui s’applique au fournisseur et à ses sous-traitants, le modèle et l’exploitant. Pour une PME, le bon niveau dépend des données confiées. Des données publiques n’exigent rien de particulier ; des données recueillies lors de soins exigent un hébergeur certifié HDS.

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Services qualifiés SecNumCloud qui sont une API de modèle ou un service d’inférence

Catalogue ANSSI, mis à jour le 27 octobre 2026

3

Sociétés américaines parmi les sous-traitants d’infrastructure et d’inférence de Mistral : Microsoft, Google (endpoint US et Vibe) et CoreWeave

Trust Center de Mistral AI, lu le 29 octobre et le 1er novembre 2026

2,40 €

Coût mensuel de gpt-oss-120b chez OVHcloud pour 20 M de jetons lus et 2 M écrits

Calcul Lumyniq sur le catalogue AI Endpoints d’OVHcloud, 29 octobre 2026

30/11/2026

Fin de validité de la qualification IaaS d’Outscale, qui sert des modèles Mistral

Catalogue ANSSI, mis à jour le 27 octobre 2026

Ce guide sert à choisir. Il ne remplace ni notre page sur l’agent IA auto-hébergé, qui détaille ce qui sort réellement de chez vous, ni notre comparatif des contrats de traitement d’OpenAI, Anthropic et Mistral.

Définition

Que veut dire « IA souveraine » ? Quatre questions différentes

« IA souveraine » mélange quatre critères indépendants : le lieu de stockage, le droit applicable, le contrôle du modèle et l’exploitation. Une offre hébergée à Paris peut dépendre d’une société américaine ; un modèle américain à poids ouverts peut tourner sur un serveur français. Il faut poser les quatre questions séparément à chaque fournisseur.
  1. Où sont stockées et traitées les données ? C’est la résidence. Elle se lit dans la documentation du fournisseur et, plus finement, dans sa liste de sous-traitants : une recherche web ou une génération d’image peut partir ailleurs que le reste.
  2. Quel droit s’applique ? Celui du pays de la société qui contrôle les données, et celui de chaque sous-traitant. Selon notre lecture du texte, une société américaine reste soumise au CLOUD Act pour les données qu’elle contrôle, y compris en Europe. Le RGPD, lui, s’applique à vous quel que soit le fournisseur.
  3. Qui contrôle le modèle ? Avec un modèle à poids ouverts, vous pouvez changer d’hébergeur ou l’installer chez vous. Avec une API fermée, le fournisseur décide des versions, des prix et de l’arrêt d’un produit : OpenAI ferme ainsi Agent Builder le 30 novembre 2026, comme le détaille notre guide sur la fermeture d’OpenAI Agent Builder.
  4. Qui l’exploite ? Les personnes qui administrent les serveurs et peuvent accéder aux données pour le support ou la sécurité. Selon notre lecture, une région européenne exploitée par des équipes du monde entier ne donne pas les mêmes garanties qu’un service exploité par des résidents de l’UE.

Deux termes voisins reviennent dans les recherches. Une IA privée désigne en général une offre où vos données ne servent pas à l’entraînement et restent isolées des autres clients ; le terme ne dit rien du droit applicable. Une IA auto-hébergée tourne sur une infrastructure que vous contrôlez : elle couvre les critères 3 et 4 et, chez un hébergeur européen, les critères 1 et 2.

Mistral AI publie sa propre définition sur sa page « Sovereign AI » (consultée le 29 octobre 2026), en quatre couches : données, intelligence, calcul, opérations. La nôtre s’en rapproche, avec une différence : nous isolons le droit applicable, parce que c’est sur ce critère que les neuf offres de notre relevé diffèrent le plus.

Juridique

Le CLOUD Act s’applique-t-il si mes données sont en Europe ?

Le CLOUD Act (18 U.S.C. § 2713) oblige un fournisseur qui reçoit une réquisition américaine valable à préserver ou communiquer les données en sa possession, sous sa garde ou sous son contrôle, qu’elles soient « located within or outside of the United States ». Selon notre lecture, une région européenne ne soustrait pas un fournisseur américain à ce texte.

Le texte vise précisément les fournisseurs de services de communications électroniques ou d’informatique à distance. Le ministère américain de la Justice le présente comme un moyen d’obtenir des preuves électroniques « wherever it happens to be located » et liste deux accords d’exécution signés, avec le Royaume-Uni (3 octobre 2019) et l’Australie (15 décembre 2021). Les négociations avec l’Union européenne ont repris en mars 2023 selon la même page, mise à jour le 24 octobre 2023.

L’article 48 du RGPD pose la règle inverse côté européen : une décision d’une juridiction ou d’une autorité d’un pays tiers qui exige un transfert de données personnelles n’est reconnue que si elle repose sur un accord international, comme un traité d’entraide judiciaire. Selon notre lecture, un fournisseur américain qui opère en Europe se trouve donc entre deux droits. AWS écrit dans la FAQ de son European Sovereign Cloud, consultée le 29 octobre 2026, que le CLOUD Act ne donne pas d’accès automatique aux données et qu’il conteste les demandes qui entrent en conflit avec le droit d’un autre pays.

Notre lecture de la conséquence pratique pour une PME : si votre analyse de risque exclut tout accès possible par une autorité américaine, la société qui contrôle les données et chacun de ses sous-traitants doivent échapper au droit américain. Si votre analyse l’accepte, documentez-la : c’est un risque à écrire dans l’analyse d’impact, distinct du transfert au sens du RGPD.

Le relevé

Neuf offres réelles, critère par critère

Sur les neuf offres relevées le 29 octobre 2026, cinq sont contrôlées par une société européenne (OVHcloud, Scaleway, Outscale, S3NS, Mistral) et trois servent surtout des modèles à poids ouverts (OVHcloud, Scaleway, l’auto-hébergement). Hors auto-hébergement chez un hébergeur européen, aucune ne tient les quatre critères sans réserve selon notre grille.
Matrice de neuf offres d’IA face à quatre critères de souveraineté (lieu des données, droit applicable, contrôle du modèle, exploitant) : Mistral API, OVHcloud AI Endpoints, Scaleway Generative APIs, Outscale LLMaaS, S3NS PREMI3NS, Azure EU Data Boundary, AWS European Sovereign Cloud, modèle auto-hébergé chez un hébergeur européen et API Claude en référence, avec un code vert, orange ou rouge par cellule
Schéma Lumyniq. Sources : pages officielles de chaque fournisseur et catalogue ANSSI, consultés le 29 octobre 2026 ; Trust Center de Mistral relu le 1er novembre 2026.
OffreOù sont les donnéesQuel droit s’appliqueQui contrôle le modèleQui l’exploitePage lue
Mistral AI, API (Studio)UE par défaut ; endpoint US si vous le choisissezSociété française ; sous-traitants américains Microsoft (Vibe, Studio/API), Google (Vibe, endpoint US) et CoreWeave (inférence)Apache 2.0 pour Mistral Small 4 et Ministral 3 ; « Mistral Ecosystem Open Weight License » pour Large 4 ; « Premier » pour d’autresMistral, avec Mistral Compute (France), Microsoft (Suède, Norvège), CoreWeave (EEE), Google (Pays-Bas, Belgique, États-Unis)Centre d’aide (12 août 2026), Trust Center et documentation des modèles (1er novembre 2026)
OVHcloud AI Endpoints« Hébergés et opérés en Union européenne »OVH Groupe SA, RoubaixPlus de 20 modèles à poids ouverts (dont gpt-oss-120b, Qwen3.5-397B) ; OVHcloud décide du catalogueOVHcloud ; données non utilisées pour l’entraînement selon la pagePage AI Endpoints et catalogue
Scaleway Generative APIsRégion Paris ; données « uniquement en Europe »Scaleway, Paris ; offre SecNumCloud en cours de qualificationModèles à poids ouverts (gpt-oss-120b, Mistral Medium 3.5, Qwen, Llama) ; Scaleway décide du catalogueScaleway ; ne lit ni ne réutilise les requêtes selon la pagePage Generative APIs, liste ANSSI
Outscale LLMaaSCloud Outscale qualifié SecNumCloud au 27 octobre 2026 (IaaS jusqu’au 30/11/2026)Outscale, marque de Dassault SystèmesModèles commerciaux de Mistral (Medium, Small, Codestral, Embed, Voxtral)Outscale ; prix sur devisPage LLMaaS, catalogue ANSSI
S3NS PREMI3NSFrance, région de 3 datacentersS3NS, droit français, « entièrement contrôlée par Thales »Plateforme Gemini « qualification en cours »S3NS, sur technologie Google CloudPage PREMI3NS, catalogue ANSSI
Azure, EU Data BoundaryUE et AELE, avec des transferts listés (sécurité, support, accès distant)Microsoft, société américaineModèles du catalogue Azure ; modèles Anthropic traités aux États-UnisMicrosoft ; accès distant possible depuis l’extérieur de l’UEMicrosoft Learn (21 juillet et 30 mars 2026)
AWS European Sovereign CloudBrandebourg, AllemagneSociété mère européenne et trois GmbH allemandes, groupe AmazonBedrock dans cette région : Amazon Nova Pro et Nova LiteRésidents de l’UECommuniqué de janvier 2026, FAQ aws.eu, page des modèles Bedrock
Modèle à poids ouverts auto-hébergé chez un hébergeur européenChez l’hébergeur choisi (par exemple Scaleway PAR-1)Celui de cet hébergeurVous détenez les poids ; licence à lire modèle par modèleVous ou votre prestataireTarifs GPU Scaleway, documentation Mistral
API Claude (référence)Workspace geo : « us » seule valeur ; inférence « us » ou « global »Fournisseur américainModèle fermé, accès par APIAnthropicDocumentation Anthropic sur la résidence des données
Relevé Lumyniq des pages officielles, 29 octobre 2026 (Mistral relu le 1er novembre 2026). Les mentions entre guillemets sont celles des fournisseurs. Aucune certification n’est indiquée sans être lue sur la page du fournisseur ou dans le catalogue de l’ANSSI.

Sur le critère du modèle, les poids ouverts servis par un hébergeur restent portables, et le catalogue appartient à l’hébergeur : celui d’OVHcloud marque Mistral-Small-3.2-24B « en cours de retrait », avec une fin de vie au 4 novembre 2026. Mistral, de son côté, a marqué Mistral Medium 3.5 et Mistral Large 3 comme dépréciés au 31 octobre 2026, avec un retrait prévu le 30 avril 2027. Les poids restant publics, un hébergement de repli peut être prévu dès la conception.

Deux autres lectures. D’abord, six des huit offres commerciales relevées annoncent un stockage en Europe ou en France sur leur page (Mistral, OVHcloud, Scaleway, S3NS, Azure, AWS), ce qui en fait le critère le moins discriminant. Ensuite, selon notre lecture, le critère qui sépare vraiment les offres est le droit applicable, et il se lit dans la liste des sous-traitants, rarement sur la page commerciale.

Nous n’avons pas mis de note globale. Une PME qui traite des devis n’a pas les mêmes contraintes qu’un cabinet qui traite des dossiers patients, et une note unique masquerait le critère qui compte pour elle.

Le cas le plus cité

Mistral AI est-il une IA souveraine ?

Mistral AI est une société française qui héberge les données dans l’UE par défaut, selon son centre d’aide (12 août 2026). Sa liste de sous-traitants, relue le 1er novembre 2026, nomme Microsoft (Suède, Norvège) pour Vibe et Studio/API, Google pour Vibe et l’endpoint américain de l’API, et CoreWeave pour l’inférence dans l’EEE : trois sociétés américaines.
Page Subprocessors du Trust Center de Mistral AI : Microsoft Inc., Cloud Infrastructure, Sweden, Norway, produits Vibe et Studio / API ; Google LLC, Cloud Infrastructure, Netherlands, Belgium, United States (US API endpoint), produits Vibe et Studio/API (US API) ; Mistral Compute, France
Capture du Trust Center de Mistral AI, page Subprocessors, consultée le 29 octobre 2026 ; contenu identique le 1er novembre 2026.

Le centre d’aide de Mistral (article mis à jour le 12 août 2026) indique que les données sont hébergées dans l’Union européenne par défaut, aux États-Unis si vous utilisez l’endpoint américain, et qu’elles peuvent être transférées temporairement hors de l’UE selon les fonctions utilisées, vers les lieux listés dans l’onglet « Subprocessors ». Les clients Enterprise peuvent désactiver certaines de ces fonctions au niveau de l’organisation.

Dans cette liste, quatre lignes méritent l’attention d’une PME. Microsoft fournit l’infrastructure de Vibe et de Studio/API, en Suède et en Norvège. Google fournit l’infrastructure de Vibe et de l’endpoint américain de l’API, aux Pays-Bas, en Belgique et aux États-Unis. CoreWeave Inc., dont le site donne une adresse à Livingston, dans le New Jersey, assure l’inférence de tous les produits SaaS, localisée dans l’EEE. Brave Software, aux États-Unis, sert la recherche web dans Vibe et Studio/API : selon notre lecture de cette liste, une équipe qui active la recherche web dans un agent envoie donc la requête outre-Atlantique. La liste nomme aussi Mistral Compute, en France, pour tous les produits.

Côté modèles, la documentation de Mistral, relue le 1er novembre 2026, affiche Apache 2.0 pour Mistral Small 4 et la famille Ministral 3, la « Mistral Ecosystem Open Weight License » pour Mistral Large 4, et une mention « Premier » pour plusieurs modèles d’OCR, d’embedding et de transcription. La FAQ de sa page de prix indique qu’un déploiement commercial exige une licence Mistral. Les deux pages ne disent pas la même chose : lisez la fiche du modèle exact avant de bâtir un produit dessus.

Pour sortir les sous-traitants américains de l’équation, trois voies existent. Mistral indique que ses clients Enterprise peuvent déployer Vibe sur site, dans un cloud privé ou sur Mistral Cloud. Outscale sert les modèles commerciaux de Mistral sur son cloud, qualifié SecNumCloud au 27 octobre 2026. Scaleway et OVHcloud servent des modèles Mistral à poids ouverts. Le Trust Center liste enfin les certifications ISO 27001, ISO 27701 et SOC 2 Type II de Mistral AI.

La source primaire

Ce que dit vraiment la liste SecNumCloud de l’ANSSI

SecNumCloud est la qualification de l’ANSSI pour les services cloud. Le catalogue mis à jour le 27 octobre 2026 recense 30 services qualifiés chez 13 prestataires : des infrastructures, des plateformes et des logiciels de travail collaboratif. Aucun n’est une API de modèle d’IA. Selon notre lecture, une « IA SecNumCloud » est un modèle qui tourne sur une infrastructure qualifiée.
Extrait du catalogue de l’ANSSI, section 3.3.1 Services d’informatique en nuage (SecNumCloud) : OVH SNC Cloud Platform, Oodrive, Orange Business Services Cloud Avenue SecNum, Outscale IaaS Cloud on Demand (qualifié du 30/11/2023 au 30/11/2026), Thales Cloud Sécurisé Cloud de confiance S3NS (PaaS, CaaS, IaaS, du 17/12/2025 au 17/12/2028), Whaller, Worldline
Capture du catalogue des produits et services qualifiés de l’ANSSI (page 78), mis à jour le 27 octobre 2026, consulté le 29 octobre 2026.

Nous avons lu la section 3.3 du catalogue ligne par ligne. Les offres d’infrastructure qualifiées utiles pour héberger un modèle sont celles de Cegedim, Cloud Temple, Ecritel, Numspot, OVH (Hosted Private Cloud, Bare Metal Pod, SNC Cloud Platform), Orange Business Services, Outscale, Thales Cloud Sécurisé pour S3NS et Worldline. Les autres lignes concernent des logiciels comme Wimi, Oodrive, Pronote ou Whaller.

Prestataire et serviceTypeQualifié duAu
Outscale, IaaS Cloud on DemandIaaS30/11/202330/11/2026
OVH, Hosted Private Cloud powered by VMwareIaaS28/12/202329/12/2026
OVH, Bare Metal PodIaaS24/03/202524/03/2028
OVH, SNC Cloud PlatformIaaS31/07/202631/07/2029
Thales Cloud Sécurisé, Cloud de confiance S3NSPaaS, CaaS, IaaS17/12/202517/12/2028
Numspot, plateforme des services cloudIaaS31/07/202631/07/2029
Cloud Temple, Secure TempleIaaS31/07/202630/05/2028
Extrait du catalogue de l’ANSSI mis à jour le 27 octobre 2026, section 3.3.1. Sélection des offres d’infrastructure citées dans ce guide ; les dates de Cloud Temple sont celles du catalogue.

Trois constats en découlent. La qualification d’Outscale, socle de son offre LLMaaS avec Mistral, arrive à échéance le 30 novembre 2026, et celle du Hosted Private Cloud d’OVH le 29 décembre 2026 : si un contrat exige SecNumCloud, demandez l’attestation en cours de validité à la signature. Ensuite, Scaleway (offre « Scaleway SecNumCloud », IaaS et PaaS) et Bleu (IaaS, PaaS, CaaS) figurent sur la page des prestataires en cours de qualification : une offre en cours n’est pas qualifiée. Enfin, S3NS est qualifiée pour son cloud de confiance et indique que sa plateforme Gemini est encore en cours de qualification.

Selon notre lecture, une PME privée a rarement besoin de SecNumCloud : l’exigence vient d’un client, d’un acheteur public ou d’un secteur réglementé. Si elle figure dans un cahier des charges, elle s’applique à l’infrastructure qui porte le modèle, aux journaux et au stockage des conversations.

Microsoft, AWS, Google

Les frontières de données européennes des grands clouds : ce qu’elles changent

Microsoft, AWS et Google proposent chacun une offre européenne. Elles règlent le lieu de stockage et, selon l’offre, le lieu de résidence des équipes qui accèdent aux données. Le groupe qui les contrôle reste américain. Chez Microsoft, les modèles Anthropic restent traités aux États-Unis même dans l’EU Data Boundary (Microsoft Learn, 30 mars 2026).

Microsoft, EU Data Boundary

Microsoft s’engage à stocker et traiter les données client d’Azure, Dynamics 365, Power Platform et Microsoft 365 dans l’UE et l’AELE (page Microsoft Learn mise à jour le 21 juillet 2026). La page qui liste les exceptions, mise à jour le 30 mars 2026, décrit l’accès à distance par du personnel situé hors de l’UE, « considéré comme un transfert » selon Microsoft, les opérations de sécurité qui consolident des données pseudonymisées surtout aux États-Unis, et une ligne qui concerne directement l’IA : lorsque le client autorise les modèles Anthropic dans les services d’IA générative de Microsoft, les données client sont traitées par Anthropic aux États-Unis, tout en restant stockées dans l’EU Data Boundary.

AWS, European Sovereign Cloud

AWS a annoncé en janvier 2026 la disponibilité de son European Sovereign Cloud, avec une première région dans le Brandebourg, en Allemagne, exploitée exclusivement par des résidents de l’UE, une nouvelle société mère et trois filiales allemandes au sein du groupe Amazon. Les comptes AWS existants ne fonctionnent pas dans ce cloud séparé. Pour l’IA, la page AWS des modèles Bedrock par région ne liste dans eusc-de-east-1 qu’Amazon Nova Pro et Nova Lite, en inférence dans la région. Les modèles d’Anthropic, de Mistral ou de Meta proposés ailleurs sur Bedrock n’y figurent pas au 29 octobre 2026.

Google Cloud, Data Boundary et S3NS

Google propose trois paquets européens dans Assured Workloads (page mise à jour le 26 octobre 2026) : « EU Data Boundary », gratuit, qui limite la localisation aux régions de l’UE ; « EU Data Boundary and Support », payant, qui réserve le support à du personnel basé dans l’UE ; et une version avec Access Justifications. En France, S3NS exploite une offre fondée sur la technologie Google Cloud, sous droit français et contrôlée par Thales, qualifiée SecNumCloud selon l’ANSSI.

Notre lecture : pour une PME déjà équipée en Microsoft 365 ou en AWS, ces offres demandent le moins de changements. Elles conviennent aux niveaux 0 et 1 de la grille plus bas. Elles ne répondent pas à une exigence « aucun acteur soumis au droit américain », que seuls des prestataires européens ou un hébergement chez vous peuvent tenir.

La voie la plus contrôlée

Héberger soi-même un modèle à poids ouverts

Selon notre grille, un modèle à poids ouverts sur un GPU loué chez un hébergeur français tient les quatre critères : données chez cet hébergeur, droit de cet hébergeur, poids entre vos mains, exploitation par vous ou votre prestataire. Le plancher affiché par Scaleway est de 574,87 € par mois pour une carte L4 (29 octobre 2026), hors exploitation.

La grille de Scaleway affiche le 29 octobre 2026 l’instance L4-1-24G à 0,79 € de l’heure et un montant mensuel d’environ 574,87 € en continu, affiché par Scaleway, en zone PAR-1. Les instances H100 ne sont proposées qu’en zone PAR-2. Selon notre calcul, gpt-oss-120b, publié en fp4 avec 117 milliards de paramètres selon le catalogue d’OVHcloud, occupe environ 58 Go pour ses seuls poids, soit plus du double d’une carte de 24 Go : un tel modèle demande plusieurs cartes.

Nous ne refaisons pas ici l’analyse complète : notre guide agent IA auto-hébergé : ce qui reste chez vous distingue l’orchestration, le modèle et les données, et montre pourquoi un n8n installé chez vous qui appelle une API externe n’est pas une IA auto-hébergée.

Le calcul

Ce que coûte la souveraineté, en euros et en qualité

Selon notre calcul, à volume de PME, un modèle à poids ouverts servi en France coûte de 2,40 € à 45 € par mois selon le modèle (OVHcloud et Scaleway, 29 octobre 2026). Selon notre lecture, le vrai coût est le choix des modèles : les modèles fermés d’Anthropic et d’OpenAI ne figurent dans aucun des catalogues des fournisseurs européens relevés.

Hypothèse de calcul, écrite pour que vous puissiez la refaire : 2 000 requêtes par mois, 10 000 jetons lus et 1 000 jetons écrits par requête, soit 20 millions de jetons en entrée et 2 millions en sortie. Prix publics affichés le 29 octobre 2026, hors remises et hors cache ; Mistral Large 4 relu le 1er novembre 2026.

Offre et modèlePrix entrée / sortie par million de jetonsCoût mensuelCritères tenus
OVHcloud AI Endpoints, gpt-oss-120b0,08 € / 0,40 €2,40 €Stockage UE, droit français, poids ouverts
Scaleway Generative APIs, gpt-oss-120b0,15 € / 0,60 €4,20 €Stockage Paris, droit français, poids ouverts
Scaleway Generative APIs, qwen3.5-397b-a17b0,60 € / 3,60 €19,20 €Idem
Scaleway Generative APIs, mistral-medium-3.5-128b1,50 € / 7,50 €45,00 €Idem
Mistral API, Mistral Medium 3.5 (grille du 29 octobre, déprécié le 31 octobre 2026)1,50 $ / 7,50 $45,00 $Stockage UE, société française, sous-traitants US
Mistral API, Mistral Large 4 (grille du 1er novembre 2026)0,70 $ / 2,10 $18,20 $Idem
Anthropic API, Claude Sonnet 5.52 $ / 10 $60,00 $Aucun des quatre
Anthropic API, Claude Opus 5.54 $ / 20 $120,00 $Aucun des quatre
Scaleway, GPU L4-1-24G auto-hébergé0,79 € de l’heure~574,87 € affiché, fixeLes quatre chez un hébergeur européen ; petits modèles sur une carte
Calcul Lumyniq sur les grilles publiques d’OVHcloud (catalogue AI Endpoints), Scaleway (Generative APIs et GPU), Mistral (prix de l’API) et Anthropic (documentation des prix), relevées le 29 octobre 2026, Mistral relu le 1er novembre 2026. Les montants en euros et en dollars ne sont pas convertis.

Deux remarques sur ce tableau. Le même modèle, gpt-oss-120b, coûte presque deux fois plus cher chez Scaleway que chez OVHcloud : comparez les grilles avant de choisir l’hébergeur. Et au 29 octobre 2026, Mistral Medium 3.5 affichait les mêmes montants chez Scaleway, en euros, et sur l’API de Mistral, en dollars ; l’écart réel dépend du taux de change le jour de la facture. Le 1er novembre 2026, Mistral ne l’affichait plus sur sa grille : il est déprécié depuis le 31 octobre, avec Mistral Large 4 comme remplaçant selon sa documentation.

Nous ne publions pas de comparaison de qualité : aucun banc d’essai public ne mesure vos tâches. Testez deux ou trois modèles sur une vingtaine de cas réels de votre activité avant de trancher. Ce test indique si un modèle à poids ouverts suffit pour vos tâches.

La grille de décision

Quel niveau de souveraineté pour quel type de donnée

Selon notre grille, le niveau requis dépend de la donnée la plus sensible que l’IA verra. Données publiques : un contrat sans entraînement suffit. Données internes : stockage dans l’EEE. Données personnelles de clients : stockage dans l’EEE et contrats RGPD, fournisseur européen si les volumes ou la sensibilité sont élevés. Données recueillies lors de soins : hébergeur certifié HDS.
Grille de décision : données publiques niveau 0, contrat entreprise sans entraînement sur vos données ; données internes niveau 1, stockage et traitement dans l’EEE ; données personnelles de clients niveau 1 ou 2, contrats RGPD, et aucun acteur soumis au droit américain si les données sont nombreuses ou sensibles ; données de santé recueillies lors de soins niveau 3, hébergeur certifié HDS ; niveau 4, infrastructure qualifiée SecNumCloud si un client ou un marché l’exige
Schéma Lumyniq établi à partir du RGPD, du Code de la santé publique et du catalogue de l’ANSSI, octobre 2026.
NiveauCe qu’il exigeOffres du relevé qui le tiennent
0Contrat entreprise, pas d’entraînement sur vos donnéesToutes, sous offre entreprise ou API
1Niveau 0 + stockage et traitement dans l’EEEMistral, OVHcloud, Scaleway, Outscale, S3NS, Azure EU Data Boundary (UE et AELE, hors modèles Anthropic), AWS European Sovereign Cloud
2Niveau 1 + aucun acteur soumis au droit américain sur le chemin des donnéesOVHcloud, Scaleway, Outscale, S3NS, auto-hébergement chez un hébergeur européen
3Hébergeur certifié HDS pour tout composant qui stocke des données de santé recueillies lors d’activités de prévention, de diagnostic, de soins ou de suivi social et médico-socialÀ vérifier offre par offre : voir notre guide HDS
4Infrastructure qualifiée SecNumCloudOutscale (IaaS qualifiée jusqu’au 30/11/2026, LLMaaS non qualifié en tant que tel), S3NS (Gemini en cours) ; hors relevé : OVH SNC Cloud Platform et les autres IaaS du catalogue
Grille Lumyniq, octobre 2026. Une PME qui mélange plusieurs types de données suit le niveau le plus élevé, ou sépare les flux.

Selon notre lecture, le niveau 2 dépend de la configuration. Chez OVHcloud et Scaleway, il tient tant que vous ne branchez pas d’outil américain sur l’agent (recherche web, observabilité, CRM). Pour les données de santé, le périmètre de l’article L.1111-8 du Code de la santé publique, la règle de stockage UE et EEE et la couverture des clouds sont détaillés dans notre guide agent IA et données de santé.

Une option consiste à séparer les flux : un modèle fermé américain pour rédiger à partir de données publiques, un modèle à poids ouverts servi en France pour tout ce qui touche aux clients. C’est le type d’architecture que nous concevons pour un agent IA sur mesure, avec un tri des données fait avant de choisir les modèles. Si le sujet est neuf pour vous, notre guide agent IA pour entreprise : définition et exemples pose les bases.

Le droit européen

Ce que disent vraiment le RGPD et l’IA Act

Le RGPD exige un sous-traitant qui présente des garanties suffisantes (article 28) et un mécanisme du chapitre V pour tout transfert hors de l’EEE (articles 44 et suivants), quelle que soit la nationalité du fournisseur. Selon notre lecture, l’IA Act ne fixe aucun lieu d’hébergement : il régit les usages selon leur risque, quel que soit le pays du fournisseur.

RGPD. L’article 28 oblige à ne faire appel qu’à des sous-traitants qui présentent des garanties suffisantes, et interdit au sous-traitant d’en recruter un autre sans votre autorisation écrite. Selon notre lecture, la liste des sous-traitants de votre fournisseur d’IA compte donc autant que sa page commerciale. L’article 44 soumet tout transfert vers un pays tiers aux conditions du chapitre V. La CNIL rappelle sur sa page consacrée aux transferts, consultée le 29 octobre 2026, la décision d’adéquation du 10 juillet 2023 pour les États-Unis, qui couvre les entreprises certifiées.

IA Act. Nous n’avons trouvé dans le règlement (UE) 2024/1689 aucune obligation de localisation. Pour une PME qui déploie un assistant ou un agent, l’obligation la plus fréquente est celle de l’article 50 : informer les personnes qu’elles interagissent avec un système d’IA, au plus tard lors de la première interaction. L’article 4, assoupli par le Digital Omnibus, demande de prendre des mesures pour soutenir la maîtrise de l’IA du personnel. L’article 53, paragraphe 2, dispense les fournisseurs de modèles publiés sous licence libre et ouverte de certaines obligations de documentation, sauf pour les modèles à risque systémique. Cette dispense vise le fournisseur du modèle ; votre entreprise garde ses obligations de déployeur. Le calendrier complet est dans notre guide de l’IA Act pour les entreprises.

Choisir une IA souveraine ne vous dispense donc d’aucune de ces obligations. Le registre, le contrat de sous-traitance, l’analyse d’impact quand elle est requise et l’information des utilisateurs restent à faire, chez Mistral comme chez Anthropic.

Les limites

Ce que la souveraineté ne règle pas

Selon notre lecture, un fournisseur européen ne protège ni d’une fuite par mauvaise configuration, ni d’une injection de prompt, ni d’un agent qui a trop de droits, et il ne garantit pas la qualité des réponses. La souveraineté traite un risque juridique et de dépendance. La sécurité de l’agent, les outils branchés et la qualité se traitent à part, quel que soit le fournisseur.
  • La sécurité de l’agent. Les droits d’accès, les journaux et la résistance aux injections se règlent dans la conception, quel que soit l’hébergeur. Notre guide sur la sécurité des agents IA les détaille.
  • Les outils branchés. Un modèle servi à Paris relié à un CRM, un outil d’analytics ou une recherche web américains fait sortir les données par l’outil.
  • Les dates de validité. Chaque qualification du catalogue de l’ANSSI porte une date de fin, et deux offres citées ici arrivent à échéance avant la fin de 2026. Une page commerciale peut afficher une qualification que le catalogue ne porte plus.
  • La qualité. Si votre test montre qu’un modèle à poids ouverts ne suffit pas pour une tâche, la question devient : quelles données envoyer au modèle fermé, et comment les réduire. Notre comparatif Claude, ChatGPT ou Mistral en entreprise couvre ce choix.
  • Le droit. Cette page est une lecture des pages officielles au 29 octobre 2026, Mistral relu le 1er novembre 2026, sans valeur de conseil juridique. Faites valider votre analyse par votre DPO ou un avocat.

Si vous hésitez entre plusieurs niveaux, un audit court permet de trancher : inventaire des données que l’IA verra, test de deux modèles sur vos cas, lecture des sous-traitants. C’est le format de notre mission de conseil IA. Lumyniq est une agence : nous ne vendons pas de logiciel en libre-service, chaque projet a un délai de mise en place et un budget fixé après l’audit.

FAQ

Questions fréquentes sur l’IA souveraine

Une IA dont vous savez répondre à quatre questions : où sont stockées les données, quel droit s’applique au fournisseur et à ses sous-traitants, qui contrôle le modèle (poids ouverts ou API fermée), et qui exploite le service au quotidien. Une offre peut être souveraine sur un critère et pas sur les autres.

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Sources

Liens vérifiés à la publication. Les textes réglementaires évoluent : reportez-vous toujours à la source officielle.

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